La violence parentale ne laisse pas toujours de bleus visibles

Pendant longtemps, j’ai cru que la violence parentale était une affaire de coups. Quelque chose de visible, de repérable, presque objectivable.

Avec le temps, le travail, et la mise en conscience de mon propre parcours, j’ai compris que cette définition était largement insuffisante.

Il existe des violences qui ne frappent pas directement le corps, mais qui organisent pourtant toute une vie intérieure.

Des violences qui se logent dans ce qui est vu, entendu, subi sans pouvoir agir.

Des violences qui façonnent des enfants “adaptés”, sages, discrets, solides en apparence, et profondément marqués à l’intérieur.

C’est depuis cet endroit que j’écris aujourd’hui.

Quand la violence existe sans vous frapper

J’ai grandi avec un père alcoolique, violent verbalement, et physiquement envers mon petit frère et ma mère qui s'interposait.

Moi, en tant qu’aînée, je n’ai jamais reçu de coups.
Pas parce que j'étais l'aînée, mais parce que j'étais une fille. Longtemps, j’ai cru que cela me plaçait à l’abri.

Avec le recul, je comprends que cela m’a placée ailleurs : dans la position du témoin impuissant. Voir, entendre, savoir.

Comprendre très tôt que quelque chose ne va pas, sans avoir les moyens de le nommer ni de l’arrêter.

Grandir dans un climat où la peur circule, même lorsqu’elle ne s’adresse pas directement à vous. Cette violence est silencieuse.

Elle ne laisse pas de traces visibles, mais elle imprime une vigilance constante, une hyper-attention à l’autre, et une sensation diffuse d’insécurité.

L’enfant qui s’adapte pour survivre

Face à cette violence, je me suis adaptée.

Mais cette adaptation ne s’est pas construite en douceur.

J’étais une enfant profondément terrifiée. Aller à l’école signifiait quitter la maison avec la peur sourde qu’en mon absence, un drame survienne. J’avais peur que mon père tue ma mère ou mon frère.

Cette peur, je ne pouvais pas l’exprimer, parce que l’on ne parlait jamais de ce qui se passait à la maison. Alors elle s’installait ailleurs : dans le corps, dans l’hypervigilance, dans le besoin de tout contrôler sans jamais en avoir réellement les moyens.

Comme beaucoup d’enfants confrontés à ce type de contexte, j’ai appris à ne pas faire de vagues, à être discrète, à ne pas déranger, à me faire petite. Là où certains enfants deviennent rebelles, violents ou impulsifs, mon système à moi a choisi une autre voie.

J’ai aussi développé un mécanisme de dissociation. Avec les années, j’ai réalisé que j’avais oublié une grande partie de ce qui s’était passé. Des scènes que l’on me racontait, que mon frère ou ma mère évoquaient, ne m’évoquaient plus rien.

Oublier n’était pas un choix. C’était une stratégie de survie.

Fratrie : une violence, plusieurs destins

Mon frère, lui, a été la cible directe des violences physiques.
Son corps a reçu ce que moi j’ai vu sans pouvoir l’empêcher.

À l’âge adulte, il s’est retrouvé à attirer régulièrement des situations de violence, d’injustice, de rapports de force défavorables.
Comme si quelque chose, en lui, vibrait encore cette mémoire de victime.

Les addictions ont été une tentative de combler, d’anesthésier, de faire taire une incompréhension profonde, d'oublier peut-être.
Ce n'est pas une faiblesse morale, mais une réponse à ce qui n’a jamais pu être exprimé.

De mon côté, j’ai connu des dépendances similaires, mais j’ai disposé d’autres ressources, d’une autre structure, qui m’ont permis de m’en relever.


Il ne s’agit ni de mérite ni de supériorité, mais de trajectoires différentes, façonnées par des impacts différents, mais surtout je crois par une volonté de comprendre et de dire stop.

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Quand l’amour n’empêche pas la violence psychique

Ma mère nous aimait profondément et cherchait à nous protéger.
Elle s’interposait souvent pour éviter que mon frère ne reçoive des coups, quitte à en recevoir elle-même.

Pourtant, elle a aussi exercé une violence d’un autre ordre, notamment envers moi, même si, pendant de nombreuses années, je ne l’ai pas nommée ainsi.

Elle formulait des menaces répétées de placement en pension, mettait en scène cette peur à travers des lettres, des silences, des attentes, jouant avec l’angoisse de l’abandon.

Sur le moment, cela pouvait sembler anodin, voire une plaisanterie.
Avec le recul, je mesure l’angoisse que cela a générée, et la manière dont cela a nourri une insécurité profonde.

Aujourd’hui, je peux faire le lien avec l’histoire de ma mère.
Elle a été en orphelinat pendant sept longues années. Elle portait en elle une blessure d’abandon ancienne, structurante, transmise bien avant moi. Cette blessure n’a pas disparu avec l’amour qu’elle nous portait. Elle s’est exprimée autrement, de façon inconsciente, dans la relation.

L’amour n’annule pas la violence psychique.
Comprendre la transmission ne nie pas les effets. Cela permet simplement de regarder ce qui s’est joué, et ce que cela a engendré, avec plus de justesse.

Quand la sensibilité devient une cible

Il y a eu aussi une autre forme de violence, plus insidieuse encore, et longtemps difficile à nommer.

J’étais une enfant, puis une adolescente très sensible, très émotive.

Cette sensibilité a souvent été mise en scène, exposée, tournée en dérision, le plus souvent sous couvert de plaisanterie. On me provoquait, on me fixait, on me sommait de pleurer, parfois devant d’autres personnes. Cela faisait rire, cela semblait léger, presque anodin.

Avec le recul, je comprends que ce n’était pas un acte conscient de domination, ni une volonté délibérée de faire mal. C’était une répétition. Une manière de faire héritée d’une autre histoire.

Ma mère avait elle-même été une enfant dont on se moquait, dont la sensibilité n’avait pas été protégée. Ce qui s’était imprimé en elle s’est transmis, sans intention, sans conscience, dans la relation.

Mais l’inconscience n’efface pas l’impact.

Être ainsi exposée, même sur le ton de l’humour, a profondément fragilisé mon sentiment de sécurité intérieure. Lorsque la sensibilité devient un point d’exposition plutôt qu’un espace protégé, l’enfant apprend à se couper de ce qu’il ressent, ou à en avoir honte.

Aimer un enfant avec ses propres blessures, c’est parfois lui transmettre ce que l’on n’a pas pu réparer en soi. Non par manque d’amour, mais parce que certaines mémoires agissent tant qu’elles n’ont pas été reconnues.

Ce que cette violence silencieuse produit à l’âge adulte

Grandir dans un climat de violence, même sans en être la cible directe, ne s’arrête pas à l’enfance.

Ce qui n’a pas pu être dit, compris ou protégé continue souvent d’agir bien après.

À l’âge adulte, cela peut se traduire par des schémas récurrents, parfois difficiles à relier à l’histoire familiale : une hypervigilance permanente, la sensation qu’un danger peut surgir à tout moment, une difficulté à se détendre réellement, même lorsque tout semble aller bien.

Cela peut aussi prendre la forme d’une suradaptation relationnelle, d’une difficulté à poser des limites claires, d’une culpabilité persistante lorsqu’il s’agit de se choisir soi-même, ou d’un besoin de contrôle destiné à contenir une insécurité ancienne.

Ces fonctionnements ne sont ni des failles de caractère, ni des manques de volonté.

Ils sont souvent les prolongements logiques de stratégies de survie mises en place très tôt.

Comprendre cela permet de changer de regard sur soi.

Non plus se juger, mais reconnaître ce qui, un jour, a été nécessaire pour tenir.

Conclusion

Il n’y a pas besoin de coups pour être blessé.
La violence parentale peut être verbale, psychique, silencieuse, ou tapie dans ce qui n’a jamais été nommé.

Reconnaître ces formes de violence ne revient pas à accuser.
Comprendre la transmission inconsciente ne revient pas à excuser.
Cela permet, en revanche, de sortir d’une confusion intérieure, et de commencer à repérer ce qui, aujourd’hui encore, agit en soi sans toujours être conscientisé.

Mettre des mots est une première étape.
Mais ce qui a été intégré dans le corps, dans les réflexes, dans le système nerveux, demande souvent autre chose qu’une compréhension intellectuelle.

C’est pour cette raison que je propose, dans la Communauté, des exercices simples et contenus, destinés à identifier les violences invisibles intégrées, et à observer comment elles continuent, parfois, d’organiser nos réactions d’adulte.

Un espace pour regarder sans se brusquer.
Un premier pas pour ne plus porter seul ce qui s’est installé dans le silence.

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