Éveiller, Comprendre, Libérer.
Pour ne plus transmettre ce qui vous a détruit.

Il arrive un moment, dans une relation, dans un conflit, dans un accompagnement ou même dans une simple conversation, où une phrase surgit, parfois à voix haute, parfois en creux :
« Ce n’est pas comme ça. Tu exagères. Tu interprètes. »
À cet instant précis, une question fondamentale se joue, bien plus profonde qu’un simple désaccord d’opinion : de quel réel parle-t-on ?
De celui que je vis, ou de celui que l’autre accepte de reconnaître ?
Cette question n’est pas philosophique.
Elle traverse les liens, les tensions, les incompréhensions, les ruptures parfois. Elle engage la place de chacun dans la relation, et la possibilité même d’un dialogue. Elle est existentielle, relationnelle, et parfois profondément thérapeutique.
Nous avons appris, souvent très tôt, à croire que le réel était une donnée commune, objective, partageable. Comme s’il existait une seule version des faits, un terrain neutre sur lequel il suffirait de se mettre d’accord.
Or le réel ne se vit jamais de cette manière.
Il est filtré par une histoire, un corps, un système nerveux, des expériences antérieures, des loyautés invisibles, des blessures parfois anciennes. Ce que je perçois n’est donc jamais « la réalité », mais une réalité située.
Cela ne signifie pas qu’elle soit fausse.
Cela signifie qu’elle prend forme à partir de ce que j’ai vécu, de ce que mon corps a enregistré, de ce que mon psychisme a appris à reconnaître comme familier, sécurisant ou menaçant.
Un chien qui aboie dans la rue : pour celui qui a grandi entouré d’animaux, c’est un bruit banal, presque rassurant. Pour celui qui s’est fait mordre enfant, c’est une alerte immédiate, le corps qui se crispe, le cœur qui s’accélère. Même chien, même aboiement. Deux réalités radicalement différentes.
Une promotion professionnelle annoncée : pour l’un, c’est la reconnaissance tant attendue, l’aboutissement d’années d’efforts. Pour le conjoint, c’est l’angoisse qui monte, encore moins de temps partagé, davantage d’absences, la crainte d’un déséquilibre familial. Même nouvelle, même instant. Deux réalités qui s’opposent.
Il ne s’agit pas de divergences d’opinion.
Il s’agit de constructions du réel, façonnées par l’histoire personnelle, l’éducation, les croyances, les valeurs, les expériences vécues. Ce qui m’apparaît comme évident, désirable ou juste peut être, pour l’autre, source d’inquiétude, de rejet, voire de danger.
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C’est là que tout se complique.
Lorsque nos réalités se rencontrent dans le couple, en famille, au travail, en amitié, l’écart devient visible. Et souvent inconfortable.
Parce que, de manière inconsciente, nous cherchons une validation. Pas seulement intellectuelle. Une validation plus profonde : le besoin d’être cru, reconnu, confirmé dans ce que nous vivons. Comme si la reconnaissance par l’autre venait garantir l’existence et la légitimité de notre réalité.
Alors, lorsque l’autre ne voit pas, ne ressent pas, ne comprend pas, quelque chose se tend.
On peut chercher à convaincre : « Tu ne te rends pas compte… »
On peut se sentir nié, invisible : « Il ou elle ne m’écoute jamais. »
On peut juger l’autre : « Comment peut-on penser ça ? »
Ou se retourner contre soi-même : « Je suis trop sensible. J’exagère toujours. »
Et pourtant, l’autre n’a pas tort.
Il n’a pas raison non plus.
Il a sa réalité. Construite, cohérente pour lui, ancrée dans son propre vécu.
Cela ne signifie pas que toutes les réalités se valent moralement ou éthiquement. Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de limites à poser, de comportements à nommer, de violences à reconnaître. Mais avant même de pouvoir dialoguer sur ce qui est juste ou injuste, sain ou toxique, il est nécessaire de reconnaître qu’il existe deux vécus, deux points de vue, deux réels.
Accepter que ma réalité ne soit pas la réalité, c’est renoncer à une certaine toute-puissance.
C’est reconnaître que mon point de vue, aussi sincère soit-il, reste un angle parmi d’autres.
Cela ne veut pas dire renoncer à ma vérité.
Au contraire.
Cela signifie pouvoir dire : « Voilà ce que je vis, voilà ce que je ressens », sans écraser la réalité de l’autre, sans ajouter implicitement « et donc tu as tort », et sans attendre nécessairement que l’autre soit capable de l’entendre.
Dans un accompagnement, c’est souvent là que quelque chose commence à se transformer. Quand la personne réalise qu’elle peut avoir sa propre lecture des événements sans que toute la famille, tout l’entourage ou la personne impliquée n’ait besoin de la valider.
Quand elle comprend que sa souffrance n’a pas besoin d’être reconnue par celui ou celle qui l’a causée pour être légitime.
Quand elle peut aussi reconnaître que l’autre a peut-être agi depuis sa propre réalité parfois limitée, blessée ou aveugle, sans que cela n’annule ce qui a été vécu.
Intégrer l’idée qu’il n’existe pas un réel unique mais des réels transforme profondément la manière d’entrer en relation.
Cela ouvre un espace où il devient possible de dire : « Je ne comprends pas ta réalité, mais je reconnais qu’elle existe. »
Cela permet de sortir du rapport de force, de la lutte épuisante pour convaincre, prouver, faire plier l’autre.
Cela permet aussi, parfois, de déposer une charge ancienne : celle de devoir avoir raison, celle de devoir faire reconnaître à tout prix ce que l’on a vécu pour pouvoir avancer.
Alors, le réel ? Quel réel ?
Peut-être que la question n’est pas de savoir lequel est vrai.
Peut-être que la vraie question est : comment créer un espace où plusieurs réels peuvent coexister sans que l’un n’annule l’autre ?
Comment accueillir la différence, non comme une menace, mais comme une information sur l’autre, sur ce qu’il porte, sur ce qui le constitue ?
Et surtout, comment rester ancré dans ma réalité, sans me perdre, sans me nier, sans me suradapter, tout en laissant une place à celle de l’autre ?
C’est un exercice quotidien.
Une posture à cultiver.
Un chemin de lucidité et de respect pour soi, et pour l’autre.

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